Les carnets de la Mineure

mercredi 3 août 2011

Caumont 1878

"les carnets de la mineure"

Il y avait au fond d’une armoire familiale, y dormant depuis plus de cent ans... deux carnets noirs comme il en existait au siècle précédent. Cette armoire était un héritage provenant de Caumont. Un jour, je fis l’inventaire des tiroirs et j’y découvris "les carnets de la mineure". Je les baptisai ainsi car ils contenaient toute une tranche de vie dune enfant de six ans orpheline de père, jusqu’à ses dix-huit ans.

Héritière de biens fonciers, le Conseil de famile, sous le contrôle du notaire du Mas-d’Agenais, maître Pigousset a confié la gestion de ses biens à son oncle. Ce dernier étant décédé, c’est son fils cousin germain de "la mineure" qui poursuivit la tâche de gestionnaire.

Voici pourquoi je m’intéressais à cette découverte qui fût pour moi un trésor renfermant une tranche de vie s’étalant de 1878 à 1890 à Caumont, à Calonges et dans leurs environs. Marie-Céline, puisque tel etait son prénom, vivait avec sa maman à Calonges, dans une propriété agricole.

Cette tutelle débute en 1878, Marie-Céline a 6 ans, elle va à l’école qui n’est pas gratuite, il faut payer 2,50 F. par mois plus les fournitures et les livre qui coûtent 1,50 F. les deux. Cette année 1878 est mentionnée comme "année mauvaise de disette", on peut penser que les productions agricoles n’ont pas produit autant qu’il était nécessaire. Peut être le temps n’a t’il pas été aussi clément qu’on le souhaitait, tout comme l’année 1880 qui est dite "chétive"

M. Couzard, boulanger à Calonges, achète le blé produit dans la campagne au prix de 22 F. l’hl. en 1881 mais en 1884 les prix ont baissé, il ne vaut plus que 15,50 l’hl. Il est possible aussi de porter du blé au boulanger comme acompte pour le pain fourni dans l’année. Comme on peut le voir, le commerce ne se pratiquait pas comme de nos jours, on ne payait pas sa baguette tous les jours, et surtout on ne consommait pas du pain frais quotidiennement ! Mais cuit dans le four ancestral, il devait tout de même être plus savoureux que celui cuit dans le four électrique actuel ! Le blé est une céréale plus valorisée que l’avoine destinée au bétail, en 1878, l’hl. ne se vendait que 10 F.

La même année, le "sieur Casse", sabotier à Caumont achète "5 pieds d’arbres dits trembles" pour 180 F., une paire de sabots et une paire de galoches valaient alors 3,05 F. et la vente de 8 chênes ne rapportait que 50 F.

Les productions locales à part le blé et l’avoine sont bien sûr le tabac, toute une récolte se vend 26,60 F. (sans que l’on connaisse la superficie plantée), les terres produisent aussi du foin vendu 25 F. pour toute une prairie, on cultive pomme de terre et oignons dont Mme Jas au Mas vend la semence. Et pour fumer les cultures, on utilise du fumier que l’on achète chez Mme Lamothe à Calonges, ou du guano et du terreau vendus par M. Doumas à Calonges et M. Jay au Mas.

On tire profit de tout ce que le domaine peut produire, on vend du bois de chauffage et en 1879 M. Dubourg qui est bucheron au Mas d’Agenais fait des "bourrées", en 1884 M. Craion de Saint-Martin façonne des fagots. Ue journée d’homme pour faire du bois est rémunérée 2,50 F. en 1878, il fallait donc 4 journées de "bucheronnage" pour acheter 1 hl. d’avoine.

Mais l’entretien des bâtiments agricoles et la maison n’est pas non plus à négliger. M. Campagne est géomètre, il expertise les terres. M. Lalanne, charpentier en 1880, confectionne une porte avec ferrures. M. Lecusan est lui aussi charpentier à Calonges, il a effectué la révision de la "couverture" de la maison et "le dessus" du portail en 1889. M. Lafitte cède en 1887, 10 planches de pin au prix de 2,50 F. pour réparer l’étable. M. Lajassès, le maçon, travaille aussi.

L’achat d’un cochon gras coûte 120 F. en 1881. Quant on sait qu’une journée de travail pour récurer un fossé n’est rémunérée que 2 F., il fallait deux mois de ce travail pour le payer. Il faut aussi acheter de la graisse à 2,20 F. le Kilo en 1881 et le sel, mais dans aucun des relevés effetués on ne mentionne l’achat d’une autre matière grasse, ni beurre ni huile, mais par contre on achète du thé et du sucre.

A 12 ans, Marie-Céline travaille dans les champs, chez un propriétaire et elle perçoit un salaire. A 13 ans, elle commence un apprentissage chez Mme Clerc, couturière à Sainte-Marthe qu’il faut payer 18 F. pour l’année. Six mois plus tard, Marie-Céline reçoit une rétribution de 5 F. par mois et en 1889, 10 F. Si elle apprend la couture, c’est que la plupart des vêtements sont ainsi fabriqués par des couturières du village. On remarque une grande variété dans l’habillement qui va de la casaque à la camisole en passant par le tablier, la robe, la jupe et le jupon qui peut être en laine tricotée suivant la saison, le paletot, la jaquette, les bas, les gants, le chapeau de paille, le mouchoir de tête, la rézille et le paraplue. Les étoffes sont tout aussi variées puisque l’on trouve la cretonne, la satinette, la finette, le molleton, la flanelle, la lustrine, la tartanelle, mais aussile drap, le lainage mérinos et le velours. On a tendance à croire que tous les vêtements étaient noirs mais ce n’est pas le cas, certains pouvaient être blancs ou même rouges.

En 1878, la fillette a 6 ans, elle hérite de son oncle d’un lot de "23 chemises en partie usées", elles sont portées sur l’inventaire par le notaire, et les membres du conseil de famille ont décidé de les "reconfectionner" pour elle. On cousait donc des vêtements neufs mais on transformait aussi les usagés pour les réutiliser et la façon de quatre de ces chemises coûtait 2 F. en 1881. On teint également pour rafraîchir certains habits et Mme Ducasse vend des "objets de teinture". On retrouve aussi Mme Lourtès et Mme Vacqué qui tirent l’aiguille. On tricote notamment des bas et on achète la laine chez Zénaïde à Caumont (dite Zizille, épicerie où se trouve la maison Birepinte).

Différents commerçants tant à Caumont qu’au Mas d’Agenais vendent des étoffes ou autres fournitures : M. Penne et M. Fabre sont marchands drapiers au Mas, M. Tréjaut vend de la tartanelle (peut être est ce le tartan, le tissus écossais ?), Mlle Trumeau vend des vêtements ainsi que Mme Lacarte. Les épiciers, M. Termes et M. Labeyrie à Calonges ne semble guère spécialisés dans la vente de denrées alimentaires puisque l’on trouve dans leur boutique des plumes, porte-plumes et papier de même que chez M. Veyries à Caumont. Pour se chausser, il faut se rendre chez M. Alix à Caumont pour acheter des sabots 1,75 F. en 1889 ou chez M. Navail qui vend des sabots, des botines et des gants. Les chaussures, il faut aussi penser à les faire ressemeler, à Caumont, M. Lagahuzère assure ce service. On peut se ravitailler également dans la boutique de Mme Lassole. Les chaussures sont très variées et adaptées aux besoins. On trouve des sandales, des bottines, des galoches, des sabots à brides cloutés ou vernis,des souliers, des chaussons de laine ou brochés.

La vie religieuse est aussi importante, deux messe pour la mémoire de la tante de Marie-Céline coûtent 3 F. en 1881. Lorsqu’elle fait sa première communion en 1883 à 11 ans, on lui achète un habillement de 9 F, une paire de gants 75 centimes, un chapelet 50 centimes, un cierge d’une livre 2,50 F. On "afferme" sa chaise à l’église pour la somme de 2 F. pour l’année en 1885. Pour sa confirmation à 15 ans en 1887, on fait "lisser" son habillement pour 1,25 F. et onlui offre un purificatoire.

Lorsqu’elle est malade, " la mineure" se soigne avec de l’huile de ricin, du vin de quinquina, du vin de Bernard, du vin de Seguin, du sirop d’iode de fer, et du baume tranquille que l’on trouve chez M. Farges, pharmacien au Mas. Et pour lui redonner des forces rien ne vaut un bouillon de viande acheté dans les boutiques de M. Bernard ou M. Florence, bouchers à Caumont.

JPEG - 13.9 ko Marie-Céline fait quelques sorties, elle va aux foires locales au mois de mai à Tonneins, en juin à Marmande et en septembre au Mas d’Agenais.

Il y a 120 ans vivaient ainsi nos ancêtres sur les bords du canal. Peut être en avez-vous retrouvés certains qui font partie de votre famille.

Villenave d’Ornon 2002


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